1 - Alice Bruyneel & Loïc Mauer

Introduction:
 

Alice a commencé des esquisses préparatoires au fusain, symbolisant le mal être et l’enfermement. Loïc a ensuite ajouté par-dessus un amas de mots inspirés à la fois des créations d’Alice et de musiques diverses qui ont bercé son quotidien pendant son confinement. Un morceau en particulier a retenu son attention, Renaissance composé par David Hicken (que nous vous invitons à écouter via ce lien : https://www.youtube.com/watch?v=I3lzWAaj9f8).

Enfin, le puzzle a continué de s’assembler lors de nombreuses discussions. Loïc et Alice ont entremêlé leurs idées et leurs ressentis en tombant facilement d’accord pour apporter à ce projet plus d’espoirs et de positivisme. C’est donc tout naturellement que les dessins d’Alice ont pris le chemin du numérique pour acquérir des traits plus doux et une esthétique plus épurée. Le fait de pouvoir utiliser aussi des couleurs a permis de faire d’autant plus vibrer leurs émotions. Tandis que les mots de Loïc ont grandi de leur côté pour prendre un angle particulier, celui de l’adolescence. En effet, le duo a voulu se glisser dans la peau de cet âge qu’ils viennent de quitter depuis peu et se questionner sur la difficulté de vivre un confinement mondial imposé lorsqu’on traverse déjà un âge difficile. Et c’est ainsi qu’est né Renaissance.

-> Oeuvres : Alice Bruyneel

Nature du support : Numérique, peut-être imprimé sur toile.
Dimensions : 2048x2048 pixels 300 dpi. - 17,34x17,34cm
Techniques et matière : Numérique

-> Texte : Loïc Mauer

Renaissance

C’est insensé. Cette époque est insensée pensa Lisa tout en claquant la porte derrière elle.

Elle était désormais seule dans sa petite chambre, cette longue pièce rectangulaire dans laquelle, habituellement, elle rêvait de s’enfermer pour fuir le monde.

Lorsqu’elle se sentait incomprise par ses idiots de parents, lorsque ce chiard de petit frère trainait dans ses pieds ou même encore quand Vanessa, sa meilleure amie, la suppliait d’écouter ses peines de cœur, Lisa n’avait alors qu’un seul réflexe : s’évader en s’engouffrant dans sa chambre.
 

Aujourd’hui, Lisa vit dans un autre monde. Les temps ont changé. Tous n’ont plus qu’un mot à la bouche : confinement. Et aujourd’hui, ses parents, son petit frère et même Vanessa exigent qu’elle s’enferme dans sa chambre pour sa santé. Alors, Lisa n’a qu’une envie : sortir !
 

Aujourd’hui, Lisa vit dans un autre monde. Les temps ont changé. Tous n’ont plus qu’un mot à la bouche : confinement. Et aujourd’hui, ses parents, son petit frère et 

même Vanessa exigent qu’elle s’enferme dans sa chambre pour sa santé. Alors, Lisa n’a qu’une envie : sortir !


Aujourd’hui, Lisa vit dans un autre monde. Les temps ont changé. Tous n’ont plus qu’un mot à la bouche : confinement. Et aujourd’hui, ses parents, son petit frère et même Vanessa exigent qu’elle s’enferme dans sa chambre pour sa santé. Alors, Lisa n’a qu’une envie : sortir !

 

La jeune fille traine le pas et frappe du pied une pantoufle sur son chemin. La chambre étroite est éclairée par une grande fenêtre. Il est bientôt 18 h 30, le soleil commence à se coucher et une couleur orangée envahit les murs. La lumière est belle, mais Lisa s’en fiche et se laisse tomber sur le lit. Elle soupire. Elle trouve le temps long. Son espace d’évasion est devenu désormais sa prison. Elle observe le plafond. Pendant un instant, son cerveau a besoin de savoir quel jour on est. Elle se prend au jeu : hier, elle s’est lavé les cheveux. Avant-hier, elle a mangé des pâtes et Léo lui a envoyé un SMS… Voilà ! Elle sait : on est jeudi. Puis Lisa secoue la tête, non. Elle a changé la litière ce matin… comme tous les mercredis.

 

Les repères de l’adolescente se sont envolés. Son monde ne se résume plus qu’à des cheveux propres ou sales, des pâtes et la litière du chat. Elle n’a que dix-sept ans, mais elle a déjà l’impression de perdre ses plus belles années. En regardant le plafond, elle rêve de prairies et de ruisseaux qu’elle enjambe. Elle voit des arbres contre lesquels elle s’imaginerait bien lire, si… si… si seulement, elle était libre !

 

Oui, mais voilà, le monde est malade. La planète entière est malade. Dehors, il n’y a pas de prairies verdoyantes, de nature reposante. Non, à l’extérieur, il n’y a que la mort. Tout ça, parce que ces adultes qui se pensent plus malins que les autres ont fait les cons. À bien y penser, elle se dit qu’elle aussi a fait la conne. Elle qui n’a jamais fait attention à la nature auparavant, la voilà rêvassant de s’y promener. Ça lui prend les tripes, c’est devenu viscéral. Pourtant, les arbres, les ruisseaux, avant, elle s’en fichait. Ce qui l’intéressait, c’était se maquiller et flirter. L’amour, l’envie de plaire et le sexe étaient devenus ses obsessions. Il fallait s’aimer à coup de hashtag, se follower, se liker pour exister… et rajouter des filtres à tout va.

Pendant ce temps, la lumière magique du soleil couchant sublime sa chambre. C’est un filtre naturel auquel Lisa ne prête guère attention. Allongée sur le lit, elle baisse la tête vers son corps, qu’elle déteste : plat et tout maigre. Rien qui plait aux garçons. Eux préfèrent de loin, les courbes suaves et les rondeurs de sa meilleure amie, Vanessa. Elle, elle a des seins. Et ça, ça a du pouvoir sur les garçons…

 

 

Lisa porte un t-shirt étroit sans forme et une simple culotte rose. Coincée à la maison, à quoi bon s’habiller ? Elle se relève et se positionne devant son miroir. Ce corps maigrichon ne lui plait pas. Elle déforme son t-shirt pour se donner meilleure contenance, redresse la pointe de ses pieds, puis change d’attitude et finit par grimacer. Pas si mal, finalement. C’est loin de lui plaire, mais étrangement cette lumière venant de l’extérieur, ce soleil couchant, la rendait moins horrible que ce qu’elle imaginait. La nature, aujourd’hui, l’embaumait d’un filtre naturel qui lui disait « Que tu es belle ».

Lisa sourit. Puis, elle secoua sa tête. D’accord, elle était potable aujourd’hui, mais cela ne signifiait rien… Elle restait prisonnière d’un monde qu’elle n’avait pas choisi, dans une famille qu’elle n’aimait plus, dans un corps qui n’avait pas d’allure.

 

La jeune fille détourna sa tête pour se pencher vers la fenêtre. La lumière était si forte qu’elle ne pouvait pas soutenir son regard vers l’extérieur plus de trente secondes… C’était donc ça ? Le soleil, la nature elle-même, la repoussait aussi vers l’intérieur ? Lisa tourna le dos à la fenêtre en ruminant. Elle était aigrie et ça l’attristait d’être devenue cette ado superficielle et désabusée. Mais qu’en pouvait-elle ? La vie est comme ça, nulle, injuste, lâche et sans intérêt !

 

Puis, la lumière du soleil, évoluant au fil des minutes, déposa un rayon de lumière sur le piano droit, collé au mur. Lisa prit ce signe pour une provocation. Évidemment qu’elle aurait préféré jouer du piano. Mais ça aussi, c’était le monde d’avant. Avant l’accident, avant qu’elle ne se casse le poignet et avant que ces os ne se cristallisent si mal. Désormais, chaque accord était une torture. Elle souffrait le martyre, même pour écrire… alors, le piano…

 

Le soleil se fit néanmoins insistant. Un rai de lumière éclairait désormais l’entièreté du clavier. Elle avança timidement, sa main vers l’avant, jusqu’à ce que son poignet entre lui aussi dans le rayon lumineux. La douce lumière qui encercla sa main réchauffa ses articulations.

 

Dans la cuisine, Tara, la mère de Lisa préparait un lunch à Tom. Le petit garçon trépignait d’impatience. Fred, le papa parcourait le web à l’affut de nouvelles infos. Puis, ils entendirent des notes de musique. Le son rapide de Renaissance de David Hicken.

 

  • Maman, c’est Lisa qui joue ? demanda le jeune garçon.

  • Oui, Tom… On dirait bien lui répondit Tara le sourire aux lèvres. Elle échangea un regard complice avec son mari. Un regard qui voulait tout dire.

 

Avec le temps, avec de la patience, avec un soupçon d’envie, avec un peu de courage, du travail, de l’indulgence et de l’amour envers soi-même, on peut tout accomplir, et même voir renaitre une jeune âme dans un rayon de soleil.

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