15 - Pauline Dubisy et Jérémy Barbier

Lily

Texte de Jérémy Barbier

Les journées passent mais j’oublie qui je suis. De par ce que la société m’impose d’être, de par ce que
je dois prétendre être pour survivre dans cette jungle sociale, je ne peux me livrer comme je suis.
J’ai honte parfois par de simples détails... Que ce soit par ma tenue ou par mon maquillage, que ce
soit par mes fréquentations, mes rires aux remarques des autres auxquelles il est convenu de bien
réagir. J’ai honte de manquer d’affirmation face à ce que je suis, tout cela pour convenir aux codes
de la société. À ce qu’il est bien de faire ou de ne pas faire. Pour répondre aux attentes des
personnes que nous laissons diriger la société pour nous. On nous promet la liberté. On nous dit vivre
dans un monde « égal pour tous ». Dans un monde où l’on peut être qui l’on veut et accomplir nos
rêves. Pourtant je sens les limites que l’on me cache. On me veut accomplie, mais dans un
engrenage. Contenue dans une réalité où je dois me cacher pour m’épanouir, mais m’épanouir loin
du regard des autres.
Tout au long de ma vie, mes plus grandes qualités se sont manifestées dans l’ombre du bon citoyen
modèle, celui qui bosse, rapporte de l’argent à l’état. Ce qui fait de moi une personne forte et
intéressante ne plait pas à mon banquier. Tous les matins, je lève la tête, je m’habille pour me sentir
bien mais on m’impose de plaire, de séduire. Je rêve de simplicité quand on m’impose un soutiengorge.
Je rêve d’avoir plus de temps le matin mais mon rouge à lèvres se languit de mes lèvres. Je
marche assaillie par les regards, les coups de klaxon. Je fais de l’humour avec mes collègues tout en
gardant une distance sociale pour ne pas donner de fausses idées à quiconque. Car si cela arrive,
lorsque je désamorcerai la bombe je serai accusée de terrorisme. Chaque jour est un travail de
démineur constant. Il me faut désamorcer les attentes des autres et ce que m’impose la société.
Mais qui suis-je au fond ? Sous les tailleurs et les maquillages, je m’observe, nue de la tête aux pieds.
Je sens mes pieds se refroidir sur le sol. Même seule, je me sens jugée par la graisse de mes cuisses
qui s’étalent sur le carrelage. Ma poitrine est-elle assez importante ? Trop fine ? Un étalage physique
sans cesse critiqué par le monde entier. On me dit souvent que j’ai de beaux yeux. Il est amusant que
ce soit l’une des rares choses que je ne peux voir directement de moi. Mais suis-je ce corps ? Entre
mes phalanges, se trouve le fruit de ma réflexion. Le fruit de mon âme. On passe tellement de temps
à avancer, à courir après le temps qui passe sans jamais s’arrêter pour contempler la fleur de l’âme,
celle qui fleurit au fur et à mesure de notre vie. Qui peut juger de qui je suis à part moi ? Qui peut
mieux cerner la personne que je suis à part moi ? Pas même mes amis les plus anciens, pas même
celui qui partage ma vie et qui m’aime pour ce que je suis. Je ne suis pas une liste de qualités et de
défauts que l’on peut noter sur une feuille pour plaire à un employeur.
Qui suis-je ? Je suis un arbre qui ne cesse de fleurir. Certaines saisons m’apportent de nouvelles
branches, d’autres n’aboutissent pas. Je ne suis pas une chose finie, je ne cesserai jamais d’évoluer.
Je suis une femme. Je suis portée par ma conviction d’exister pour ce que je suis et non pour ce
qu’on attend de moi. Je suis remplie de rêves et d’espoir. Je me tiens droite, les pieds bien ancrés
dans le sol, à contrevent du flot de la société et de ses attentes. Si je parais frêle et innocente, cela ne
trahit en rien ce qui fait de moi ce que je suis. Une série de choix et de pensées qui m’ont amenée à
exister et à vivre. Je suis plus seulement mon apparence, mes jupes, mes cuisses qui débordent, ma
poitrine trop petite, ou mon visage fragile. Je suis ce qu’on ne peut voir ou toucher. Je suis un être
porté par des idées. Une montagne voilée par une haie fleurie.

La force du magnolia

de Pauline Debusy

huile sur toile
150x100cm - HD

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lesamisdmamere@gmail.be

Little House

12 rue Léon Cuissez 

1050 Bruxelles

Un projet mené par :

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Roland Dewulf - rlddwf@gmail.com

Nous remercions chaleureusement l'Ecole de communication ECS Bruxelles pour son soutien et le professionalisme de Nicolas Mees

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